Faux pas sanitaire

 Faux pas sanitaire

International certificate of vaccination. European Green Pass

Depuis le 21 juillet 2021, le « passe sanitaire » est obligatoire pour les lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes. Il sera également obligatoire, début août, entre autres, dans les hôpitaux, les maisons de retraite et les établissements médico-sociaux, les voyages en avion, train et car pour les trajets longue distance. Censé donner plus de sécurité, il va au contraire impacter les minorités ethniques en situation de précarité.

Je vois des gilets jaunes par ici, deux ans et demi dans la rue, avec eux, à se battre contre un système, un gouvernement (…) qui nous a mis une bombe atomique ce 12 juillet en voulant scinder la population entre des gens qui auraient le droit par exemple d’entrer à l’hopital pour un examen et d’autres qui n’en auraient pas. Alors moi pendant mon école on ne m’a jamais appris à soigner sous condition (…) et aujourd’hui on me demande de regarder s’ils ont un passe ou pas pour les soigner ? » s’indigne une infirmière lors d’une manifestation contre le passe sanitaire le 31 juillet dernier à Nice. Ainsi l’accès à la condition du passe ajoute un obstacle supplémentaire à l’accès aux soins et pose un risque éthique discriminatoire pour les populations d’origine immigrée (accès pour lesquelles ils sont déjà discriminés). Selon l’INSEE, La Seine Saint-Denis recense en effet près de 410 821 immigrés. Cela représente le tiers de la population du département. C’est aussi dans ce département où il y a le moins de personnes vaccinées. Refuser l’accès aux soins aux personnes qui n’ont pas de passe sanitaire ne pose-t-il pas un sérieux risque de discrimination à l’égard de ces populations déjà discriminées ?

Alors moi pendant mon école on ne m’a jamais appris à soigner sous condition (…) et aujourd’hui on me demande de regarder s’ils ont un passe ou pas pour les soigner ? 

Alors que le passe sanitaire divise la population entre les vaccinés et non-vaccinés, il va aussi diviser au niveau de l’accès aux soins surtout pour les personnes les plus fragilisées. Il y a ceux d’un côté qui de par leur situation précaire ne peuvent avoir accès aux soins, et ceux de l’autre côté qui de par leur origine et situation géographique sont dans l’impasse sanitaire. On peut notamment voir un fossé par exemple entre l’ouest et l’est de la région parisienne.

Ces personnes situées dans l’est parisien vont-elles se voir refuser tout soins alors que c’est une population déjà stigmatisée et touchée économiquement ?

Un passe qui creuse les inégalités 

L’ONG, Médecins du Monde, dans un communiqué paru ce 4 août, dénonce des mesures stigmatisantes et discriminatoires. Ce passe sanitaire fragiliserait encore plus les publics accompagnés par Médecins du Monde, déjà « depuis longtemps exclus du soin » et qui « vont subir de plein fouet ces mesures discriminatoires si elles sont appliquées ». Exiger donc un passe sanitaire ne va-t-il pas encore plus frapper les populations racisées si ces mesures sont appliquées ? Alors même que les populations (migrants, réfugiés, mineurs non accompagnés…) qu’ils accompagnent en France, sont parmi les plus exclues et les plus précarisées, elles sont éloignées des structures de soins. Elles n’ont pas accès aux mêmes droits et soins avec 70 % qui n’avaient pas de couverture maladie en 2020 et 91% vivaient en habitat précaire selon ces derniers. 

Ce passe sanitaire fragiliserait encore plus les publics accompagnés par Médecins du Monde, déjà « depuis longtemps exclus du soin » et qui « vont subir de plein fouet ces mesures discriminatoires si elles sont appliquées ».

Médecins du Monde

Le passe sanitaire élargi au domaine de la santé et des transports ne sera mis en place qu’à partir du 9 août et certains craignent déjà un excès de zèle. 

Un risque de zèle de contrôle au faciès ?

La vice-présidente du groupe LFI, Mathilde Panot, a accusé sur Twitter la SNCF de possibles contrôles au faciès liés à l’obligation du passe sanitaire dans les trains. Propos qui ont indignés les cheminots et Christophe Fanichet, PDG de la SNCF s’est empressé de réagir par un tweet. Et pourtant la réalité donne raison à Mathilde Panot. En 2017, une enquête menée  par le Défenseur des droits, avait montré que les profils « jeune homme perçu comme noir ou arabe” avait “une probabilité 20 fois plus élevée que les autres d’être contrôlés par la police ». Ce contrôle ne risquerait-il pas de s’appliquer au passe sanitaire et de fragiliser encore plus ces populations ?

Les profils « jeune homme perçu comme noir ou arabe” ont “une probabilité 20 fois plus élevée que les autres d’être contrôlés par la police ».

La question qui se pose alors est quel est l’avenir de ces populations déjà en situation de précarité et déjà stigmatisées par des mesures de contrôle après l’élargissement du passe sanitaire dans les prochains mois ? Quelles vont être les conséquences de la mise en place d’un tel passe alors même que six ONG ont lancé une procédure groupée contre trois ministres pour faire cesser la pratique des contrôles discriminatoires ? 

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