LREM et RN : un front commun ?

 LREM et RN : un front commun ?

Stanislas Guerini, délégué général de la République en Marche, a créé la polémique en livrant une réponse sur Twitter à Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement National en Ile de France. Il dénonce, à travers son retweet, une affiche des départementales sur laquelle figure Sara Zemmahi, ingénieure et candidate suppléante qui porte un foulard. Guerini menace de retirer l’investiture LREM à la liste électorale menée par Hélène Qvistgaard et Mahfoud Benali dans l’Hérault. 

L’eurodéputé et vice-président du RN s’est indigné sur Twitter, ce lundi 10 mai, de voir apparaître une candidate portant un foulard sur une affiche du parti LREM pour les élections départementales de juin prochain dans le canton de Montpellier-I. L’affiche de campagne montre un duo de candidats, photographiés avec leurs suppléants, où Mme. Zemmahi arbore un foulard et où on peut y lire « Différents mais unis pour vous ». Mais ce cliché n’a pas plu à l’adhérent du RN qui s’est empressé d’interpeller Marlène Schiappa sur la question du « séparatisme ».

 Les valeurs portées par LREM ne sont pas compatibles avec le port ostentatoire de signes religieux sur un document de campagne électorale » répond aussitôt M. Guerini à l’interpellation de l’eurodéputé. Il met en demeure par la suite les concernées de ne plus faire apparaître le voile de la candidate sur l’affiche, sous peine de perdre leur soutien de LREM :Soit ces candidats changent leur photo, soit LREM leur retirera leur soutien », prévient-il.

Mais sa réaction au tweet de Jordan Bardella a vite pris la tournure d’une polémique, suscitant de vives réactions, entre soutien et réprobations notamment au sein de la majorité présidentielle. 

Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, s’est exprimé ce mardi 11 mai sur France Inter, se montrant ferme sur la question : « Aujourd’hui, juridiquement, rien n’empêche à une personne de se présenter avec un signe religieux, en l’occurrence un voile », affirme-t-il avant d’approuver la position de son collègue : « Ce qu’a dit Stanislas Guerini, c’est que pour la République en marche, on ne souhaite pas présenter de candidats qui s’affichent sur des documents de campagne avec un signe ostensible religieux, c’est une question de choix politique ». 

Certains députés de la majorité ont rejoint ses propos : « On parle du port de signes religieux ostensibles sur une affiche électorale, on ne remet pas en cause la liberté religieuse », affirme en effet Anne-Christine Lang, députée de Paris qui s’était indignée en septembre 2020 de la présence de Maryam Pougetoux, vice-présidente de l’UNEF, lors d’une séance de travail à l’Assemblée nationale. 

« Je suis contre le port du voile mais celles qui veulent le faire doivent le pouvoir. Il ne faut pas confondre laïc et athée », a plaidé à son tour son collègue, Saïd Ahamada, député des Bouches-du-Rhône. 

Enfin Rolan Lescure, député et porte-parole de LREM a reconnu qu’il y avait peut-être un problème sur la forme, « ce n’était pas la meilleure manière de procéder en retweetant Bardella, puisqu’on donne du crédit à ce qu’il dit », a-t-il dit tout en affirmant que « s’ils (Hélène Qvistgaard et Mahfoud Benali) persistent dans leur volonté d’afficher un signe ostentatoire, on leur retirera le soutien ». 

Rappel de la loi

D’autres en revanche ont contesté le retweet de Stanislas Guerini, lui ont reproché de rejeter une femme parce que musulmane et n’ont pas manqué de lui rappeler la loi, dénonçant un « piège du RN ». 

« Ecarter cette candidate serait une discrimination » affirme Naïma Moutchou, députée du Val-d’Oise. Elle ajoute que : « Le mépris du droit, c’est l’agenda du RN. Pas le nôtre ». Son jugement est approuvé par quelques-unes de ses collègues, dont Cécile Rilhac, députée du Val d’Oise. « L’extrême droite ne doit pas dicter notre agenda politique, et encore moins les règles électorales. Aucun texte de loi n’interdit le port de signes religieux dans une campagne électorale ou lors d’un mandat ! » écrit cette dernière en réponse à Guerini sur Twitter.

Au diapason de sa collègue, Stella Dupont, députée LREM, proteste à son tour : « La loi, rien que la loi ! Le port du voile n’est pas interdit aux candidats des élections françaises. C’est le choix de chacun : candidats et électeurs ». 

Elle est très vite soutenue par Aurore Lalucq, députée européenne : « Porter le voile est donc interdit dans ce pays ? […]  par cynisme, tactique politicienne à deux balles, vous préférez nourrir l’extrême droite et abîmer notre démocratie », accuse-t-elle.

La députée LREM de l’Hérault, Coralie Dubost, s’est elle-même exprimée sur la question, s’opposant à son parti : « Je suis en désaccord avec mon parti politique », a-t-elle en effet affirmé avant de prendre la défense de la candidate attaquée par Bardella et Guerini, Sara Zemmahi :

« Lorsque vous avez une jeune femme ingénieure, qui fait des heures de bénévolat, qui s’engage dans un parti pour porter des valeurs progressistes, qu’elle soit voilée ou non, elle a toute sa place chez nous ».

Coralie Dubost

Enfin, Mahfoud Benali, candidat LREM dans le premier canton de Montpellier, qui apparaît sur l’affiche, se dit « peiné » et « touché » de la polémique, dans son apparition sur le plateau de TPMP de Cyril Hanouna. Sa collègue, Hélène Qvistgaard défend le « vivre-ensemble » et affirme à son tour que « pour nous, c’est ça la représentativité de la République ». 

D’un autre côté, selon des députés de la majorité, Stanislas Guerini aurait reconnu, en réunion de groupe LREM qui s’est déroulé mardi matin, sa maladresse d’avoir répondu publiquement à Jordan Bardella. « Si certains ont été heurtés, je m’en excuse. On devrait tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de tweeter », a-t-il dit face aux parlementaires. Néanmoins, il n’a pas regretté le fond de ses propos et a continué à défendre la ligne de son parti, donc ne pas donner de soutien aux candidats qui affichent leur appartenance à une religion. 

Ce n’est pas la première fois en France qu’une candidate voilée apparaît sur une photo de campagne électorale et est attaquée. Ce fut déjà le cas en 2010 lorsqu’une femme portant le foulard est présentée sur la liste du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) en région PACA. Une polémique s’en est suivi, qui mena le Conseil d’Etat, saisi par AWSA France (Arab Women’s Solidarity Association), à trancher sur la question. Il considère alors que

« […] le grief tiré de ce que la présence sur la liste en cause d’une personne portant le voile islamique aurait fait obstacle à l’enregistrement de cette liste en raison de l’atteinte portée à la liberté de conscience, à l’égalité des droits et au droit à la sûreté, au principe de laïcité, à la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat doit être écarté ».

Conseil d’État, décision 337899

Finalement, se disant vouloir faire barrage au parti de Marine Le Pen, LREM dévoile à travers cette polémique ses positions réelles, celles d’un parti « à la botte » de l’extrême droite. 

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