Dole : agression ou tentative de meurtre ?

 Dole : agression ou tentative de meurtre ?

Depuis la diffusion, le 27 avril, des images inouïes d’un septuagénaire qui tente d’écraser un homme devant sa famille, de nombreuses discussions sur les réseaux sociaux s’interrogent sur la qualification des faits : s’agit-il, comme de nombreux médias l’ont écrit, d’une agression ? Ou, comme le soutient l’avocat de la victime, Maître Schwerdorffer, et comme le soutiennent plusieurs journalistes indépendants sur les réseaux sociaux, d’une tentative d’assassinat ? Plus largement, ce traitement médiatique interroge sur les processus de minimisation de ce type d’actes. 

Ce que nous disent les images

L’enregistrement qui a été diffusé sur les réseaux sociaux commence alors que l’altercation a déjà débuté entre un septuagénaire et un couple, dont on apprendra que le mari est Adil Sefrioui et l’épouse Laetitia Sefrioui. 

Garé devant la clôture de la maison du couple, l’agresseur est accusé par Mme Sefrioui d’avoir pris des photos de ses enfants sans son autorisation. M. Sefrioui tente de repousser le septuagénaire par un coup de pied et lui demande de dégager. Interrogé une seconde fois sur les raisons de ses photographies, il s’approche de son coffre et en sort une clé en croix qui sert à changer les roues de voiture. « C’est ça que je cherchais » s’exclame-t-il, en s’approchant de M. Sefrioui, qui recule tout en demandant à son épouse de filmer ce qui aurait pu devenir une agression à l’arme blanche. « Approche, enculé. Approche, toi le bicot. Tiens, mets-toi devant la bagnole », continue l’agresseur. Alors qu’il commence à repartir, M. Sefrioui tente en vain de le retenir en l’empêchant de refermer sa portière. M. Sefrioui monte alors sur le trottoir et revient vers sa demeure. Au moment où il arrive près de la clôture, on entend la voiture accélérer en sa direction et le percuter. Se déroulant de l’autre côté de la clôture, ce qui s’apparente à une tentative de meurtre est très peu visible à l’image : ce sont les cris terrifiants de Mme Sefrioui et de ses enfants qui témoignent de la situation insoutenable.

Une agression ?

Plusieurs médias, et notamment L’Est Républicain, qui a révélé l’affaire, parlent d’ « agression raciste ». En attendant que la justice fasse son travail et qualifie l’acte, une interrogation légitime a été partagée sur les réseaux sociaux : est-ce que foncer sur quelqu’un avec son véhicule constitue une agression ? Le mot n’est-il pas trop faible compte tenu de la gravité des faits ?

Sachant que se faire percuter par une voiture peut entraîner la mort, comment peut-on qualifier l’intention de la personne qui dirige le véhicule ? Les témoignages nous apprennent que le septuagénaire a expressément ciblé M. Sefrioui, en faisant monter son véhicule sur le trottoir. L’irréparable aurait pu être commis si M. Sefrioui n’avait eu le réflexe de se jeter sur le capot, limitant ainsi les dégâts physiques et évitant de se faire broyer les jambes et « passer sous le capot », selon l’expression menaçante qui lui a été proférée.

Selon L’Est Républicain, l’avocat d’Adil Sefrioui, Me Randall Schwerdorffer, souhaite une « ouverture d’instruction pour tentative d’assassinat ». Imaginant ce qui aurait pu arriver si son client n’avait pas « eu de la chance », l’avocat ne voudrait pas que « l’on bâcle judiciairement cette affaire ». 

Un racisme minimisé ?

L’inquiétude de l’avocat est légitime lorsqu’on observe un certain nombre d’éléments qui contribuent à minimiser cet acte criminel et raciste. Dans un entretien donné à Loopsider, Laetitia Sefrioui explique que l’affaire a été déconsidérée dès l’arrivée de la police : 

« Le monsieur (l’agresseur) continuait à l’insulter à avoir des propos racistes en lui disant : “Oh de toute façon, un bicot ou deux, ce n’est pas très grave. De toute façon, on est chez nous.” (…) devant les services de police. Les services de polices n’ont pas réagi, alors qu’ils auraient très bien pu l’embarquer et on n’en parlait plus. »

Dans son témoignage, Laetitia Sefrioui explique comment les policiers étaient indécis, ne sachant pas s’il fallait embarquer l’agresseur, ni même s’il fallait appeler les pompiers, alors que M. Sefrioui venait de se faire renverser. Ce n’est que quelques jours plus tard que l’agresseur a été interpellé, sans même qu’il n’y ait de détention.

C’est ce sentiment d’inconsidération qui blesse M. Sefrioui. Se confiant à Loopsider, il se demande pourquoi il n’a pas reçu la visite du maire (qui habiterait à 100 mètres) et pourquoi, de manière générale, la tentative de meurtre dont il a fait l’objet n’est pas prise au sérieux. 

« Je suis dans l’incompréhension, ça fait une semaine et ce monsieur est en liberté. Ça me pose beaucoup de questions, je me sens en insécurité. Franchement, je ne me sens pas humain » confie-t-il à France 3 Bourgogne-Franche-Comté.

Ce témoignage troublant révèle les processus de déshumanisation qui sont à l’œuvre lorsqu’il est question de minimiser ou de relativiser la haine raciste. Pire : cela risque de construire une société où la menace et la violence racistes ne sont considérées qu’après qu’il y ait eu l’irréparable. Une société où on excuse encore le « tonton raciste » de tenir des propos d’un autre temps tout en minimisant son passage à l’acte.

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