Zeina Nassar pourra-t-elle concourir avec son voile aux JO de Paris 2024 ?

 Zeina Nassar pourra-t-elle concourir avec son voile aux JO de Paris 2024 ?

« Je n’ai pas commencé à boxer parce que je pensais que j’allais changer le monde. » Ce sont les paroles de Zeina Nassar, boxeuse allemande, dans une vidéo lancée par P&G  (Procter & Gamble, multinationale américaine). Cette vidéo fait partie d’une série intitulée «Good is gold» qui trace les histoires de quatre espoirs olympiques et paralympiques agissant contre les inégalités et œuvrant pour l’égalité et l’inclusion. 

: J’avais 13 ans, et j’avais juste vraiment envie de boxer. J’étais très excitée pour mon premier tournoi. Mais ensuite je me suis rendue compte que je n’avais pas le droit de boxer. J’ai été disqualifiée (…). Tout devait être découvert. Pour moi c’est impossible pour des raisons religieuses. Je me suis entraînée très dur comme n’importe qui d’autre. Je me suis préparée pour ça. Pourquoi ne pouvais-je être dans la capacité de concourir avec les meilleurs si je suis la meilleure dans ma catégorie ? » poursuit-elle. C’est une question qui se pose sur le sol français où les femmes voilées aujourd’hui n’ont pas accès aux compétitions. « Le sport est une question de performance. Ce n’est pas pour autre chose. Pour moi, il était clair que je devais me battre. Pas seulement pour moi, mais aussi pour toutes les femmes qui portent un voile» continue-t-elle.  Zeina Nassar s’est ainsi battue, dans le monde de la boxe, avec l’aide de son entraîneur pour retrouver ses droits. Et ils y sont parvenus. Ils ont pu changer les règles partout dans le monde et aujourd’hui « les femmes sont autorisées à participer aux compétitions avec un voile ».

La France fait pourtant exception. Évoquant ainsi d’un côté la « laïcité » et de l’autre la sécurité, les fédérations sportives françaises restent réfractaires à l’accès des femmes voilées aux compétitions. Qu’en est-il au niveau international ?

Le voile dans les fédérations internationales

C’est en 2004, à Athènes que le hijab a fait son apparition lors des Jeux Olympiques avec la Bahreïnie Rakia al-Gassra lors de la course d’athlétisme des 100 mètres . Plusieurs compétitrices lui ont emboîté le pas depuis et on se souvient également de l’égyptienne Sarah Gamal, première arbitre de basket-ball olympique portant le foulard dans l’histoire des Jeux Olympiques en 2021.

Ensuite il faut savoir que le Comité International Olympique (CIO) laisse le choix aux fédérations sportives d’interdire ou d’accepter que les athlètes féminines se distinguent par des attributs vestimentaires compatibles avec leur religion. Progressivement le voile est accepté dans certaines fédérations sportives internationales après s’être assurées que la tenue soit adaptée au niveau sécurité. C’est le cas de la fédération internationale de Judo qui autorisa en 2012 Wodjan Ali S. A. S., une judoka Saoudienne, à participer au tournoi olympique. Puis il y a eu d’autres fédérations sportives telle que la Fédération Internationale de Football (FIFA) ou la Fédération internationale de basket-ball (Fiba) par exemple. Chacune de ces fédérations ayant adopté une tenue conforme niveau sécurité.

Le paradoxe Français

Avec l’arrivée des JO 2024 à Paris, il va y avoir un double enjeu. D’un côté celui des femmes qui veulent concilier leurs libertés fondamentales et la compétition sportive. Et de l’autre les missives lancées à l’égard du voile, même dans le cadre de la pratique sportive. Les débats sur la loi “dit contre le séparatisme” en ont aussi été la démonstration. 

Les Jeux Olympiques de 2020 sont devenus un symbole des débats sur l’inclusion. Ce fut le cas par exemple de la question des tenues plus confortables pour les femmes au beach volley avec l’arrivée des compétitrices Norvégiennes en short (au lieu du bikini officiel). Ou bien encore au sujet de la première nageuse noire qui représente l’équipe de Grande-Bretagne, Alice Dearing, qui s’est vue refusée le port d’un bonnet adapté à ses cheveux afros.  

Alors que le sport est un moyen d’expression et de dépassement de soi, certaines règles sont un frein à l’épanouissement de ces femmes. Concernant les sportives portant le foulard, comme nous l’a résumé la sociologue du sport Haïfa Tlili : Il va falloir écouter ces sportives, les prendre en considération et ne plus faire comme si elles n’existaient pas ».

Face à cette situation, ne faudrait-il pas mener une campagne internationale afin de sensibiliser l’opinion publique pour que les jeux olympiques de 2024 ne soient pas des Jeux qui excluent mais des Jeux qui incluent ?

Chahira BAKHTAOUI.

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