Football : Coup franc et racisme latent, 1-1

 Football : Coup franc et racisme latent, 1-1

Griezmann et Tolisso, un genou à terre avant le match contre le Pays de Galles − FRANCK FIFE / AFP

Le 15 Juin dernier l’équipe de France a remarquablement débuté son aventure européenne : elle a obtenu une belle victoire en terre allemande mais elle a également été victime d’une vive polémique suscitée par les réseaux d’extrême droite. À l’annonce des joueurs de mettre un genou à terre en soutien à la lutte contre le racisme, les représentants politiques d’extrême droite se sont démenés afin de discréditer le mouvement et ses organisateurs.

Les bleus avaient annoncé vouloir mettre un genou à terre avant le coup d’envoi de France/Allemagne. Un geste qui fait référence au mouvement Black Lives Matter aux États-Unis, opposé aux discriminations raciales. Visiblement, cette initiative n’était pas du goût de tout le monde. En effet, de nombreux responsables politiques de droite et d’extrême droite se sont agacés et l’ont fait savoir sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à mener une campagne de boycott des Bleus. Un appel au boycott généralisé sur les réseaux sociaux s’est fait entendre au moins 24 heures avant la rencontre au motif qu’un tel geste serait perçu comme une menace à l’identité française. Il est aussi reproché aux initiateurs de ne pas faire concorder leur geste au besoin de neutralité politique et religieuse de la charte olympique. 

Des exemples de réactions

… avec des hashtags tels que « #BoycottEquipeDeFrance » ou « #DeboutLesBleus » comme l’illustre le partisan de l’extrême droite Jean Messiha dans plusieurs tweets.

Au lendemain de la rencontre, le défenseur madrilène Raphaël Varane a tenu à éclaircir les raisons pour lesquelles cela ne s’est pas fait : « C’est une décision prise par l’ensemble des joueurs. (…) c’est plus un symbole de tensions ou de crispations. S’il y a un message clair avec toutes les équipes, évidemment que la France sera la première à soutenir une cause aussi puissante que la lutte contre le racisme »

Seulement, ces réactions n’ont de sens que si on essaye de comprendre le rôle qu’a joué l’extrême droite dans cette volte-face. 

L’extrême droite utilise de manière efficace les réseaux sociaux afin de diffuser sa propagande. Les comptes d’individus prêchant le racisme et la haine y pullulent, dictant chaque jour un peu plus l’agenda médiatique, voire politique. Par ailleurs, l’équipe de France n’a fait que suivre le chemin des joueurs anglais, bien plus avancés dans la sensibilisation de l’opinion publique aussi bien lors des matchs disputés en Premier League que lors des compétitions internationales même s’ils ont, eux aussi, dû faire face à des critiques, notamment du ministre de l’Intérieur anglais. Comme un effet boule de neige, de nombreuses autres équipes européennes ont rejoint le mouvement. Ce combat est d’autant plus important quand on pense aux conséquences dramatiques du racisme sur les terrains de jeu notamment avec le récent suicide du jeune joueur milanais Seid Visin.

L’appel au boycott de l’équipe de France n’est que le reflet d’un climat qui, de polémique en polémique et sous couvert de patriotisme, exacerbe la méfiance envers ceux qui vivent naturellement leur différence. L’objectif inavoué est de faire de la France un pays où la pluralité des avis soit étouffée en ne voulant pas reconnaître la diversité des visages qui représente ce pays aussi bien sur les terrains de foot qu’au sein de la société.

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