Haine en ligne et racisme : la CNCDH donne les perspectives de lutte contre ce phénomène

 Haine en ligne et racisme : la CNCDH donne les perspectives de lutte contre ce phénomène

La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) a publié son trentième rapport annuel le 8 juillet dernier et a été remis à Jean Castex. Ce dernier met en relief la montée du racisme en France en corrélation avec la pandémie du Covid-19 et la montée d’un certain nombre de types de racisme tel que l’antisémitisme, l’islamophobie ou contre les personnes d’origine asiatique. Il y est mis en relief notamment le rôle que peut jouer les réseaux sociaux dans la montée du racisme en France. Les lois mises en place pour lutter contre ce phénomène sont encore floues, pointant les difficultés à légiférer en direction des géants du web.

La CNCDH, nommée rapporteur national depuis 1990 a pour but de lutter contre le racisme sous toutes ses formes. Malgré des stéréotypes très présents, leur enquête en ligne lancée en mars 2021 a montré un léger recul par rapport à celle de 2019. Il en reste que les communautés les moins tolérées en priorité sont les Roms (30%) et les musulmans (60%). Entre 2019 et 2020 notamment, il y a eu une augmentation de 52% de faits islamophobes recensés, avec une forte hausse au dernier trimestre 2020. Ces données sont alarmantes dans le sens où les réseaux sociaux continuent de nourrir ce phénomène. Les derniers évènements médiatisés tels que l’assesseuse voilée ou la danse dans les mariages « ethniques » (débat lancé par la député Annie Genevard à l’Assemblée Nationale en juin dernier) en sont des exemples manifestes.  

La haine sur les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont ainsi passés au crible. La CNCDH montre par exemple comment l’antisémitisme se manifeste à travers les grands médias d’informations sur Youtube. A savoir que malgré un grand nettoyage de fait, il subsiste tout de même 0,65% de commentaires postés qui sont à caractère antisémite, soit 1 commentaire sur 150. Avec ses 1,86 milliards de visiteurs en 2019, ce chiffre reste inquiétant.

D’autres formes de haine sur les personnes racisées peuvent se manifester à travers les réseaux sociaux. Cela a pu être le cas avec la chanteuse Mennel porteuse d’un turban dans l’émission « The voice » en février 2018. Après avoir trouvé d’anciens messages datant de plusieurs années et jugés “complotistes” sur la toile, les milieux d’extrême droite et laïcistes ne l’avaient pas épargnée sur les réseaux sociaux. Cela l’a conduit à une démission de l’émission et à un lynchage médiatique. Quelques semaines plus tard, c’est la dirigeante du syndicat UNEF (Union Nationale des Etudiants de France) Myriam Pougetoux qui se fait attaquer uniquement pour le port de son voile, accusé d’être un voile politique.

Du côté du racisme anti-asiatique, la CNCDH a mis de l’avant une montée de ce racisme liée au contexte de la pandémie. Une des personnes interrogées a témoigné que « tous les médias ont parlé du « virus chinois » » et qu’on l’aurait jugée « responsable de l’épidémie ». En janvier 2021, le hashtag #JeNeSuisPasUnVirus avait d’ailleurs été lancé pour dénoncer la montée du racisme anti-asiatique sur les réseaux sociaux.  

La CNCDH soutient que « les discours haineux sur internet se caractérisent par leur dimension anonyme et virale » et « qu’ils participent à la diffusion de préjugés racistes et antisémites par le contenu qu’ils véhiculent, et peuvent avoir de graves conséquences sur la vie des personnes qui les subissent ».

Le rôle des réseaux sociaux et de l’Etat pour lutter contre le racisme en ligne

Le « chiffre noir » qui souligne des actes racistes non déclaré est dû essentiellement à la difficulté d’appréhender les propos racistes oraux, ou le caractère anonymisant sur la toile, et un dépôt de plainte qui peut s’avérer difficile en raison de la peur ou du découragement. En effet, seulement 2% des victimes portent plainte. Malgré la mise en place de système d’outils de signalements sur les réseaux sociaux, la CNCDH alerte sur le risque de censure de « contenus non illicites ». Ils auraient donc leurs limites.

C’est pourquoi la CNCDH interpelle les responsables des réseaux sociaux et l’Etat afin de lutter contre les préjugés et le racisme à travers des recommandations :

·       Signaler tout type de comportements discriminatoires via la plateforme PHAROS.

·       Créer une instance spécifique au web

·       Maintenir la place du juge judiciaire dans le processus de retrait de contenus et de sanction

·       Collaborer avec les plateformes dans la régulation des contenus haineux

·      Une formation des internautes à une analyse critique d’une information et de ses enjeux.

·       Lancement d’une nouvelle instance de régulation par l’Etat.

Le combat contre le racisme se poursuit… Ses différentes formes fluctuent en fonction de l’actualité et des politiques mises en place. La loi « Evia » du 24 juin 2020 concernant la lutte contre les contenus haineux sur internet a eu ses limites puisque le Conseil constitutionnel a fini par censurer les dispositions qui permettaient le retrait sous 24h des contenus illicites tels que les incitations à la haine, les injures à caractère raciste ou anti-religieuse. Ainsi, si le gouvernement et les responsables des réseaux sociaux ne se mettent pas en étroite coopération, la haine et le racisme en ligne deviendront eux-mêmes un virus qui se propage aussi rapidement que la Covid-19.

Chahira BAKHTAOUI.

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