Procès Dole : quand la victime devient l’accusé

 Procès Dole : quand la victime devient l’accusé

© Stéphanie Bourgeot – France Télévisions

Le tribunal correctionnel de Lons-Le-Saunier (Jura) jugeait ce mardi 22 juin le septuagénaire dolois accusé d’avoir foncé en voiture sur un père de famille, après l’avoir traité de « bicot » le 21 avril dernier. Le procureur a requis 4 mois de prison ferme contre l’agresseur, absent à l’audience et à une amende de 1.100 euros à l’encontre de la victime. 

Le 21 avril dernier à Dole, Bernard D., retraité, prenait des photos, à proximité du domicile de la famille Sefrioui. Craignant que l’individu ne prenne des clichés de ses enfants, M. Sefrioui cherchait des explications quant aux intentions du photographe. 

La scène a été filmée par l’épouse de la victime. Les images, d’une rare violence, avaient fait le tour des réseaux sociaux.

On y voit l’homme de 72 ans menacer le père de famille avec une clé en croix tout en proférant des injures racistes à l’encontre d’Adil Sefrioui : « Bicot, tu passes sous le capot aujourd’hui », avait-t-il dit. Il était remonté par la suite dans sa voiture, avant de faire demi-tour et foncer vers sa victime, qu’il a volontairement renversée. Ce dernier, âgé de 41 ans, avait eu le réflexe de sauter sur le capot du véhicule pour éviter le choc, qui lui a causé plusieurs fractures. La victime s’est vu délivrer une incapacité de travail de 30 jours.  

Les faits ont valu à l’agresseur d’être poursuivi pour « violences volontaires avec arme et injures racistes ». Pour sa défense, il avait expliqué avoir été ébloui au moment de sa manœuvre, et qu’il aurait donc perdu le contrôle de son véhicule.

La victime, principal prévenu de sa propre agression

Lors du procès, inversion des rôles : M. Bernard D., agresseur présumé, ne s’est pas présenté au tribunal correctionnel pour des raisons médicales, prétendant qu’il ne pouvait pas marcher. Il a été défendu par ses avocats, M. Damien Varlet et M. David de Stefano. M. Sefrioui s’est alors retrouvé près de trois heures seul à la barre, questionné sur les causes de l’altercation. Après quoi, il a fondu en larmes.

Son avocat, M. Randall Schwerdorffer, ainsi que les parties civiles, ont condamné l’absence du prévenu à son procès, réclamant sa comparution « par la force publique si nécessaire ». L’avocat de la victime a également souhaité une requalification des poursuites en « tentative de meurtre », pour lequel l’agresseur encourerait jusqu’à 30 ans de prison. 

La vidéo remise en question

Lors du procès, la vidéo prise par l’épouse de la victime a été passée au crible et projetée devant la salle.

Mais les avocats du prévenu ont retourné son analyse, la qualifiant de « tronquée » et « trafiquée », sans que cela ne soit d’ailleurs démontré par la suite. Selon eux, la vidéo ne montre pas le début du différend, où le retraité aurait été pris à parti par M. Sefrioui ainsi que son épouse. « J’ai la conviction de M.Sefrioui est un excellent père de famille, je n’ai aucun doute sur cela. Seulement voilà, l’origine de cette affaire vient du fait qu’ils ont voulu protéger leurs enfants contre un danger qui n’existait pas », a plaidé M. Stefano.

Par ailleurs, les avocats du septuagénaire nient que leur client ait eu l’intention de tuer ce jour-là.

Amende requise à l’encontre d’Adil Sefrioui

Le procureur de la République, Lionel Pascal, a requis, au terme de longues heures d’audience, une peine de six mois de prison, dont deux mois avec sursis, à l’encontre de Bernard D. Il estime néanmoins que le retraité a été « pris à parti » par le couple.

Une peine d’amende de 1 100 euros a donc été requise à l’encontre d’Adil Sifrioui, dont 900 avec sursis. Celui-ci comparaissait à l’audience pour injures publiques, violences légères et dégradation du bien d’autrui.

Le délibéré sera rendu par le tribunal le 6 juillet à 8h30.

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